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Panique dans le pays

Un migrant en quête de tranquillité

J’ai l’impression que, dans ce pays, je suis de moins en moins le bienvenu et de plus en plus considéré comme suspect. Où que j’aille, les gens me regardent de travers, comme s’ils ne me feraient pas confiance. Je sens leurs regards plantés dans ma nuque, comme s’ils n’attendaient qu’une occasion pour me tomber dessus.

Photomontage : un loup assis tient un journal titré « Loup – le tueur en série. Enquête en cours. » et regarde l’objectif, sur un fond naturel légèrement flou.
▲ Le loup lit ses propres gros titres

D’accord, je n’ai ni domicile fixe, ni métier stable, ni personne pour me couvrir. Mais d’abord, l’UE me séduit avec sa « libre circulation » et ses grandes promesses de « culture de l’accueil », pour ensuite me mettre sur la liste noire. De la liste rouge à la liste noire, en un clin d’œil.

Pourtant, je ne suis qu'en chemin, sans intention criminelle, sans plan, sans ambition politique. Je veux simplement me déplacer, respirer un peu d’air frais. Parfois dans la forêt, parfois à travers une prairie ou un champ. Mais ce qui m’agace, c’est que, où que j’apparaisse, on me prend en photo — photos qui finissent ensuite dans tous les groupes WhatsApp de l’Oesling. Et dans le pire des cas, on parle même de moi dans la presse — photo comprise, évidemment.

Ici, ce n’est vraiment pas simple. On vous observe, on vous analyse, on vous commente et — quand ça tourne mal — on vous cite dans une notification RTL.

La semaine dernière, je faisais juste une petite promenade, et me voilà déjà mentionné dans les médias. Parfois, j’ai l’impression de mener une vie de célébrité, mais sans les avantages. Pas d’invitations à des vernissages, seulement des reproches.

Il y a quelques jours, rebelote : quatre veaux auraient été attaqués à Brachtenbach. Et immédiatement, on pointe du doigt… moi. Alors que je n’étais même pas dans le coin. Mais ça n’a aucune importance. Je n’ai même pas de smartphone pour prouver mon alibi. Je ne peux pas faire un selfie pour montrer que j’étais, à ce moment‑là, dans les Ardennes belges. Techniquement, je vis encore à l’ère analogique — et ça se retourne contre moi.

L’Administration de la nature lance maintenant des analyses ADN. J’espère qu’ils ne tomberont pas sur la poignée d’herbe que j’ai éternuée. J’ai une petite allergie au foin, mais ça, évidemment, n’apparaît dans aucun rapport. Quant aux agriculteurs du coin, ils sont déjà unanimes : « C’était encore lui. »

Ignorent‑ils que j’ai, moi aussi, des droits ? La présomption d’innocence, par exemple. On est innocent jusqu’à preuve du contraire. C’est un principe fondamental de l’État de droit.

Mais apparemment, cela ne vaut pas pour tout le monde — et encore moins pour les animaux que les médias aiment présenter sous un mauvais jour.

Je me souviens encore très bien de 2020, quand quatre moutons ont été tués près de Diekirch. On m’a immédiatement accusé. Je n’étais même pas dans le pays. J’étais en quarantaine, comme tout le monde. À la fin, l’ANF a dû reconnaître que c’étaient des chiens. Des chiens ! Eux, on les laisse tranquilles. Pas de communiqué de presse pour eux. Si ça avait été moi, on en parlerait encore aujourd’hui.

Honnêtement, je suis fatigué. Je suis, par nature, timide, calme, discret. Je ne fais pas de bruit, je ne suis même pas agressif. Quand je vois un humain, je fais un grand détour. Je suis un peu comme un touriste de passage, mais sans sandales. Je ne veux ni stress, ni drame, ni cirque médiatique. Je veux juste me déplacer librement. Je suis un migrant en quête de tranquillité. Et je suis loin d’être un tueur en série. Mais ici, ce n’est pas évident de convaincre les gens du contraire. On vous colle une étiquette sans vous demander votre avis, sans vous laisser la moindre chance de vous défendre.

Je suis le loup. Oui. Ce loup‑là. Celui qui est toujours coupable avant même que l’analyse ADN ne soit lancée. Celui qui apparaît plus souvent dans les médias qu’un élu local en campagne électorale. Celui qui doit sans cesse expliquer qu’il n’est pas derrière chaque attaque, juste parce qu’il a mauvaise réputation.

Apparemment, les gens ont besoin de moi pour s’indigner. Je suis leur monstre, leur cible, leur sujet préféré dans les actualités.

Je reprends la route, mais je ne pars pas. Je reste. Moi aussi, j’ai droit à l’air frais, au calme, à une prairie sans surveillance permanente.

Je suis le loup. Et je suis toujours coupable. Mais je reste.

Le Loup


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